En Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans le lagon de Madang ou juste au sud, dans la Baie de l’Astrolabe, sous quelques centimètres d’eau sur le récif ou au fond d’une passe par 50 mètres de fond, la vie foisonne. De nombreuses espèces parmi les Mollusques, les Échinodermes, les Crustacés... ou même les poissons sont encore méconnues.
À pied, surtout la nuit, au moment de la marée basse, sur les plages des îles, ça grouille de vie : les crabes en pleine activité, nous voient arriver, ils courent sur l’estran, montent dans les arbres, les poissons et les crevettes sortent de leur cachette pour chasser, le plancton est luminescent quand l’eau est remuée, les Gastéropodes circulent à la surface des rochers, il y a même de petits poulpes qui sortent de l’eau pour venir manger sur les roches.
Là où la mer et la forêt se mélangent, à l’estuaire des fleuves côtiers, dans les mangroves, la vie nous intéresse aussi. Alors au petit matin, avant que la marée remonte, en pataugeant dans la boue, entre les racines des palétuviers ou autres arbres de ce milieu particulier, nous cherchons des huîtres collées aux racines, des bivalves dans les sédiments, des Crustacés qui ne manquent pas de cachettes... C’est aussi dans ce milieu que circulent les puk-puk, les gros crocodiles marins de la région, mais n’y pensons pas trop, ça pourrait les faire venir.
Avant d’emmener tout ce trésor biologique au laboratoire, il faut en passer une partie par le centre de tamisage. Trier rapidement les récoltes des chaluts, des dragues, des paniers de brossage, de la suceuse... Les parties qui ne nous intéressent pas, les plus grossières sont alors rejetées. Un premier tri rapide est donc réalisé. Ce centre de tamisage tourne une bonne partie de la journée, il se situe au niveau de notre petite installation technique en bord de mer. Et maintenant, tous en camion, on prend la route du laboratoire qui se situe dans la Divine Word University à 10 minutes de notre petite base portuaire.
Au labo, le déballage a commencé, il faut mettre les bestioles dans les bacs et ne surtout pas oublier la petite étiquette avec la référence de la station de collecte. Il faut maintenant trier à la loupe bino ou à l’œil nu, armé de pinces fines ou avec les doigts pour récupérer les êtres vivants qui nous intéressent.C’est un travail très fastidieux. Les spécimens sont triés par embranchements, les Mollusques dans une cuve, les Échinodermes dans une autre, les Crustacés encore à part...
Encore vivants, les spécimens nous donnent leurs plus belles couleurs que nous photographions. Ces images viennent enrichir les informations qui accompagneront pour toujours le spécimen dans sa longue vie de sujet scientifique. Pour certains, un petit morceau de leur manteau est collecté afin d’y faire des prélèvements d’ADN, encore une source d’informations supplémentaires pour accompagner notre spécimen.
L’équipe Crustacés, après les photographies, tenait des classeurs dans lesquels étaient portées les nouveautés. Chaque espèce remarquée, connue ou non, avait le droit à une page dans un classeur. Une fois tous ces précieux relevés effectués sur les individus (étiquettes, prélèvements ADN, photographies, dessins...), les spécimens sont mis dans une boîte ou un sac adaptés à sa taille avec de l’alcool éthylique pour assurer sa conservation. Ces boîtes sont ensuite rangées dans de gros tonneaux en fonction de leur embranchement.
Les tonneaux seront transportés de Madang à Paris dans trois grands conteneurs. Une fois les conteneurs arrivés à Paris, les différentes équipes de recherche récupèreront leurs tonneaux, c’est alors que commencera le déballage dans les laboratoires et l’archivage des collectes. Dans les tonneaux, nous retrouvons les spécimens collectés à l’autre bout du monde. Leur étiquette de référencement permet de les lier à toutes les informations collectées et conservées informatiquement. Heureusement que les photographies sont là pour conserver les couleurs car l’alcool a tout décoloré.
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